Historiquement, la région PACA est un territoire de migration permanente. C’est un phénomène ancien (Marseille a vu débarquer ses premiers migrants il y a plus de 26 siècles !), mais la migration interne (exode rural) et la migration liée à notre Histoire coloniale, sont venues, en quelques décennies, accélérer le processus et modifier, quelquefois profondément, le paysage qui s’offre à des professionnels de divers secteurs.
De tels bouleversements demandent à ces professionnels de réinventer leurs pratiques car la plupart d’entre eux n’ont pas connaissance des références culturelles qui donnent du sens à la souffrance de ces familles en quête de soutien et de soins.
L’ancrage dans une appartenance culturelle, le changement lent ou brutal de l’environnement familier et les modifications psychiques qui l’accompagnent sont des éléments qui nous concernent tous. Ils ne sont pas l’apanage de ceux qui viennent d’ailleurs. Ainsi, pour aller à la rencontre de l’autre, en tenant compte de ses appartenances culturelles, religieuses, linguistiques et les modifications provoquées par la migration, il est fondamental de prendre conscience d’où nous parlons, de nos propres appartenances et de nos constructions.
Les logiques de l’humanisation des êtres, dont sont porteuses les sociétés, nous conduisent, en effet, à considérer la personne dans sa globalité pluridimensionnelle : dans son monde d’origine, avec ses groupes d’appartenance, dans son environnement actuel souvent mobile et fluctuant.
Il existe un ordre culturel et originel qui ponctue les phases de construction d’un être humain dans le groupe : rituels de passage qui vont de la naissance à la mort et au-delà … L’ordre ainsi établi nous aide à aborder les désordres possibles aggravés ou provoqués par la transplantation : troubles psychiques, manifestations transgressives ou déviantes … Ces désordres ont des causes (des étiologies) et des traitements, nommés et traités par les divers réparateurs du désordre (guérisseurs). Nous sommes amenés à discerner ce qui relève, d’une part, de la culture d’origine, de l’autre, du dysfonctionnement de la famille dans le pays d’accueil, et enfin de ce qui correspond à la problématique spécifique des enfants de migrants.
La souffrance de l’exil ? L’exil, quelle qu’en soit sa cause (économique, politique, personnelle…) représente toujours un facteur de grande précarisation pour des familles déjà fragilisées par le processus migratoire lui-même. Aussi, l’ignorance des professionnels peut les conduire à apporter à ces familles très démunies une réponse standardisée et inadaptée qui peut ajouter encore à cette souffrance en retardant leur accès aux soins, à un accompagnement socio-éducatif.
La démarche de médiation ethnoclinique, qui est une médiation entre les mondes et les différents réseaux de soins et de traitements traditionnels et classiques, permet d’aller au-delà des malentendus, des clivages entre diverses interprétations antagonistes des troubles psychologiques, interprétations portées par chaque langue, chaque génération, chaque institution.
C’est une démarche complémentaire aux outils que les professionnels des champs social, éducatif, pédagogique, sanitaire et judiciaire ont construits précédemment.